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Voeux de Mgr Jean-Pierre Blais


Chers diocésaines et diocésains,

Jésus est la naissance de Dieu dans notre monde.
Grâce à Lui, le visage de Dieu nous est connu.

Avec Jésus, nous avons un pont qui fait
le lien entre le ciel et la terre, entre Dieu et nous.

En Jésus, Dieu vient vers nous et nous allons vers Lui.
Jésus rend ainsi le dialogue possible avec Dieu.

Que ce dialogue soit notre prière et notre espérance
Pour nous aider à garder courage.

Joyeux Noël et Sainte Année!


+Jean-Pierre Blais
Évêque du diocèse de Baie-Comeau







Un oeil amplifiant l’univers


Jusqu’à la fin octobre, le cinéma IMAX projetait un film 3D d’images captées par le plus gros télescope spatial sur orbite terrestre : Hubble. Depuis 1990, ce télescope, le plus perfectionné dans ce domaine, observe l’activité dans le cosmos. Je le vois comme un œil amplifiant l’univers. C’est pour moi le point de départ d’une nouvelle plongée en Dieu à partir de sa création.

Le télescope Hubble est à l’origine d’un autre regard sur l’univers. Pour décrire les activités que ce télescope voit dans le cosmos, il faut entrer dans un langage démesuré par comparaison à ce que nous utilisons sur la terre. Nous ne parlons plus des distances en kilomètres, mais en années-lumière.

Pourquoi la référence à la lumière est-elle si importante ? C’est parce que la vitesse de la lumière est constante et elle devient un point fixe pour mesurer les autres réalités avec une équivalence. Imaginons que nous voyageons dans un Boeing 747 à une vitesse de 600 km/h. À cette vitesse, l’avion prendra un mois pour atteindre la lune. La lumière, elle, prendra 1,25 seconde pour franchir la même distance. Nous disons donc que la lune est à 1,25 seconde-lumière de nous.

Les photographies du télescope Hubble nous montrent des galaxies, des nébuleuses, des étoiles et des planètes. Le télescope observe à des milliards d’années-lumière en face de lui et découvre constamment de nouvelles étoiles au fur et à mesure que la lumière de ces étoiles lui parvient. L’aspect gigantesque de l’univers nous est montré et nous prenons davantage conscience que la terre n’est qu’un point minuscule dans le cosmos.

Un tel spectacle ne peut pas faire autrement que de laisser surgir une foule de questions sur le sens de ce que nous voyons : « Qu’est-ce que la vie ? Qu’est-ce que la terre ? Sommes-nous une forme unique de vie dans cette immensité ? Qu’est-ce que l’être humain avec son intelligence ? Qu’est-ce que l’univers ? L’univers est-il limité ou illimité ? Qu’est-ce que Dieu ? » L’immensité de l’univers que me fait voir Hubble me donne un pâle aperçu de Dieu, son créateur. Et ce nouveau regard vient apporter une profondeur nouvelle à bien des textes de la Parole de Dieu.

L’immensité et l’infini de Dieu

Ce regard technique sur l’univers enrichit l’affirmation de saint Paul: « Ce qu’il a d’invisible depuis la création du monde se laisse voir à l’intelligence à travers ses œuvres. » (Rom 1, 20) À travers la création, c’est l’immensité de Dieu que nous percevons. En pensant à l’aspect minuscule de la terre dans la création, les paroles du centurion à Jésus deviennent plus signifiantes que jamais pour exprimer ce que nous sommes face à Dieu : « Seigneur, je ne mérite pas que tu entres sous mon toit ; mais dis seulement un mot et mon serviteur sera guéri. » (Mt 8, 8)

Les images spatiales d’Hubble nous permettent de toucher du doigt l’immensité de Dieu, mais aussi sa particularité d’infini. Aussi loin que ce télescope peut amener notre œil, il y a toujours de nouvelles étoiles qui nous ouvrent sur l’infini. Malgré cela, les scientifiques voient notre univers comme limité. Dieu, lui, est sans commencement et sans fin ; il est la réalité infinie. Il est la Vie par laquelle tout existe. C’est le regard que saint Jean a porté sur Jésus de Nazareth : « En Jésus, la vie s’est manifestée » (1 Jn 1, 2)

L’espace est l’autre caractéristique de notre univers. Il y a une distance entre les objets. En Dieu, il n’y a pas d’espace, pas de séparation. Saint Jean précise « Dieu est Amour » (1 Jn 4, 8) Notre foi exprime le mystère de Dieu comme l’intensité d’une relation amoureuse : Dieu-Père, Dieu-Fils et Dieu-Esprit Saint.

Des guides pour comprendre

Nos points de repère de la vie quotidienne sont déficients pour imager les distances, les vitesses et la relation entre les systèmes dans l’univers. Je dirais que de la même façon nos points de repère sont déficients pour parler de l’éternité, du Royaume des cieux et de Dieu. Nous pouvons tout de même compter sur des témoins qui présentent un regard amplifié sur la vie de Dieu avec l’évangile de Jésus-Christ; il s’agit de nos saints et nos saintes.

Le frère André est le dernier saint de notre milieu québécois canonisé par l’Église. Il est très connu pour les guérisons qui ont été obtenues par sa prière. Il en a même acquis une réputation de thaumaturge. Par contre, il s’est toujours bien défendu de faire des miracles : « Le monde est-il bête de penser que le frère André fait des miracles ! C’est le bon Dieu et saint Joseph qui peuvent vous guérir, pas moi ! Je prierai saint Joseph pour vous. »

La passion et la compassion ont marqué la vie et la spiritualité du Frère André. Il vivait sa relation intime à Jésus-Christ à travers Sa passion sur le chemin du Calvaire. Il priait longuement Jésus avec le chemin de croix et en est même venu à s’identifier à Lui dans sa passion. Le Frère André a aussi appris la compassion du Christ face à la souffrance humaine. Devenu l’ami des souffrants, il portait les souffrances qui lui étaient confiées dans sa prière auprès du Christ montant au calvaire et de saint Joseph. C’est la ferveur de sa relation au Christ et à saint Joseph qui lui a obtenu les nombreuses guérisons.

Le frère André est un homme d’accueil et de Dieu. Pendant vingt-cinq ans, il a reçu, de six à huit heures par jour, les gens qui se présentaient à lui avec leur demande. Il en a vu des centaines de mille. Les confidences personnelles de ses visiteurs l’émouvaient profondément. Il savait leur montrer l’amour de Dieu et, à travers ses conseils, leur indiquer le chemin pour en vivre.

Le frère André nous est donné comme modèle d’un chemin de sainteté pour aller vers Dieu. En gardant un regard amplifié sur Dieu, il a eu le retour de Sa lumière qui l’a éclairé pour en être témoin et Dieu a fait son œuvre à travers ses mains. Nous avons là toute la dynamique de la foi chrétienne.


+Jean-Pierre Blais
Évêque du diocèse de Baie-Comeau






La catéchèse


D’où vient le devoir de catéchiser ? La Foi de l’Église est que Dieu veut entrer en dialogue avec toutes les personnes du monde entier et de toutes les époques. Dieu, le Père, le fait en se révélant aux hommes. Saint Paul, en Éphésiens, nous écrit : «Dieu le Père en Jésus-Christ nous a fait connaître le mystère de sa volonté, ce dessein bienveillant qu’il avait formé en lui par avance, pour le réaliser quand les temps seraient accomplis : ramener toutes choses sous un seul chef, le Christ.» ( Eph 1, 9-10 )

Dans le «Directoire général pour la catéchèse», l’Église insiste de nouveau sur la Révélation de Dieu et nous lisons ceci en page 44 : «Pour se révéler à la personne humaine, Dieu, dans son immensité a recours à une pédagogie : il se sert d’événements et de paroles humaines pour communiquer son dessein; il le fait progressivement et par étapes, pour mieux se rapprocher des hommes. Dieu agit en effet en sorte que les hommes parviennent à la connaissance de son dessein de salut à travers les événements de l’histoire du salut et les paroles inspirées qui les accompagnent et les expliquent.»1

L’Église reconnaît que Jésus-Christ est la réalisation parfaite de la Parole de Dieu et du mystère du salut donné à l’humanité. «Jésus Christ n’est pas seulement le plus grand des prophètes, il est le Fils éternel de Dieu fait homme et, par conséquent, l’événement ultime vers lequel convergent tous les événements de l’histoire du Salut. Il est, en effet, la Parole unique, parfaite et indépassable du Père.»2

L’Église catholique croit que le Christ l’a institué pour assurer la conservation et la transmission du don de Jésus-Christ et son enseignement. « Pour accomplir le dessein de Dieu, Jésus-Christ a institué l’Église sur le fondement des apôtres […] il leur a ordonné de prêcher l’Évangile dans le monde entier. » 3

Le devoir de catéchiser ou l’autorité de catéchiser nous vient de Dieu, le Père lui-même qui veut entrer en dialogue avec toutes les personnes et être connu de toutes les personnes. Comme membres de l’Église catholique nous partageons sa responsabilité de conserver et de transmettre le don de Jésus-Christ et son enseignement.

Le catéchisme et la catéchèse

Il est important de faire la distinction entre le catéchisme et la catéchèse. Il ne s’agit pas d’une mode passagère. Il y a deux mots parce que nous avons deux réalités différentes. Rappelons-nous l’introduction au catéchisme, nous lisions : «les vérités à croire pour être sauvés ou pour aller au ciel.»

Le catéchisme nous énumérait les vérités de foi de l’Église sous forme de questions et de réponses. Comme exemple, «Pourquoi avons-nous été créés? Pour connaître Dieu, l’aimer et le servir et être heureux avec Lui dans le ciel.»4 Il nous informe sur les mystères de notre foi. Il nous donne l’enseignement sur les mystères de Dieu avec nous. Le mot catéchisme veut dire enseignement, instruction religieuse.

La catéchèse veut dire «faire retentir, transmettre». Faire retentir la Parole de Dieu au cœur de la personne. Le pape Jean-Paul II, dans l’introduction au catéchisme de l’Église catholique, écrit cette définition : « Le catéchisme de l’Église catholique est un exposé de la foi de l’Église et de la doctrine catholique, attestées et éclairées par l’Écriture sainte, la Tradition apostolique et le Magistère ecclésiastique.»5 Le catéchisme présentait le développement de l’enseignement de l’Église.

Jean-Paul II a précisé, dans son exhortation apostolique «Catechesi Tradendae», le sens de la catéchèse : «Très vite on a appelé catéchèse l’ensemble des efforts entrepris dans l’Église pour faire des disciples, pour aider les hommes à croire que Jésus est le Fils de Dieu afin que, par la foi, ils aient la vie en son nom, pour les éduquer et les instruire dans cette vie et construire ainsi le Corps du Christ.»6

La transmission de la foi est une vie proposée en relation avec Dieu et non pas une connaissance intellectuelle à contrôler. Dans l’Église, nous utilisons trois mots lorsque nous parlons de transmission et de communication de la foi : «Traditio – Receptio –Redditio.»

La Traditio fait appel à la Tradition. Comme catholiques, nous avons à transmettre un message toujours nouveau, la Parole qui fait vivre. C’est la vie du Christ, le Fils du Dieu vivant, qui est le don de Dieu lui-même. La Receptio fait appel à l’accueil que je réserve au Christ. L’accueil suppose une attitude active où je me laisse transformer par la personne du Christ et son message. Le don du Christ devient une vie que je fais mienne. La Redditio fait appel à mon abandon entre les mains de Dieu, je me rends. Je choisis de répondre à l’appel de Dieu et je m’engage à rendre compte de l’espérance qui vit en moi, le Seigneur, Jésus-Christ.

Les destinataires de la catéchèse

La catéchèse a longtemps été identifiée à l’enfance et à l’adolescence avec l’enseignement religieux et l’initiation aux sacrements. Aujourd’hui, la catéchèse s’adresse à tous les groupes d’âges. Rappelons-nous la présentation de la formation à la vie chrétienne de 2004 à 2009, nous lisions ceci : « Priorité diocésaine de formation à la vie chrétienne à tous les âges de la vie. » Le pape Jean-Paul II a insisté : « Pour être efficace, la catéchèse doit être permanente et elle serait bien vaine si elle s’arrêtait au seuil de la vie adulte. »7

La catéchèse vise à rejoindre des enfants, des adolescents, des adultes, des familles et des communautés pour les accompagner dans leur itinéraire de foi et de vie chrétienne avec une diversité d’approches pédagogiques, de mouvements d’appartenance, de durée et d’outils.

Le Dimanche de la catéchèse

Les évêques du Québec ont décidé de dédier un dimanche à la catéchèse. La proposition actuelle se veut une démarche de foi pour rejoindre les adultes et les familles. En s’adressant aux adultes, les évêques ont l’intention de former des multiplicateurs qui sauront donner une formation chrétienne aux jeunes générations. Les parents ont un rôle important à jouer pour initier leurs enfants à la foi chrétienne. Les groupes de partage biblique, de formation à la vie chrétienne ou à différents éléments des mystères de la foi deviennent des lieux intéressants pour se donner une formation permanente en ce sens.

Le diocèse de Baie-Comeau prend cette même direction d’une catéchèse à tous les âges de la vie en priorisant les adultes qui deviendront témoins de la foi chrétienne dans l’Église et dans le monde.

Le Dimanche de la catéchèse, qui a lieu le troisième dimanche de septembre, est mis en place pour sensibiliser les communautés à ces priorités. C’est aussi un moyen de faire connaître les activités catéchétiques auxquelles tous les baptisés peuvent s’inscrire pour approfondir leur foi afin d’en vivre et d’en témoigner.

Nous aurons toujours à travailler jour après jour pour présenter le Christ aux générations actuelles. C’est un effort qui n’est jamais fini. Nous ne naissons pas chrétien, nous le devenons.

Fête de saint Jean Eudes, 19 août 2010


+Jean-Pierre Blais
Évêque du diocèse de Baie-Comeau


1. Congrégation pour le clergé, Directoire général pour la catéchèse (1997), p. 44
2. Ibid p. 46
3. Ibid p. 47
4. Le catéchisme des provinces ecclésiastiques de Québec, Montréal et Ottawa, 1944
5. Le catéchisme de l’Église catholique, 1998, Introduction, p. 8
6. Catechessi Tradentae no 1
7. Ibid no 43





Les sacrements de l’initiation à la vie chrétienne


Avant la célébration de leur confirmation, je demande aux jeunes de m’envoyer une lettre pour se présenter et me parler de leurs motivations à demander à l’Église de les confirmer. Leurs réponses sont aussi variées qu’étonnantes en me faisant connaître le cœur de Dieu qui touche leur cœur.

Dans leur manière de communiquer leur foi avec des mots de leur âge, ils ont une ouverture aux fondements de la vie chrétienne même si la plupart ne vit pas clairement dans cette conscience. Nous nous laissons souvent tromper en pensant que l’action de Dieu se mesure en nous par la conscience que nous en avons. Ce n’est pas ce qui se passe. L’action de Dieu ne se voit pas par une prise de conscience psychologique. Elle précède la conscience et n’est pas conditionnée par elle. C’est la première conviction qui est affirmée dans la priorité diocésaine de formation à la vie chrétienne « Présenter le Christ, Bonne Nouvelle pour aujourd’hui » : l’Esprit Saint nous précède et nous attend.

À partir des lettres de ces jeunes, je vous présente des commentaires sur les trois sacrements de l’initiation chrétienne. Ces sacrements font partie des parcours catéchétiques dans l’ensemble du programme de la formation à la vie chrétienne. Des animateurs et animatrices de ces parcours m’ont demandé quelques pistes pour présenter ces sacrements à ceux et celles qui demandent de les vivre et pour répondre à certaines objections de ces derniers.

Le baptême

Je lis ceci dans des lettres de jeunes : « Je veux être confirmé parce que je veux renouveler mon baptême », « Je veux continuer le cheminement que mes parents m’ont montré depuis mon baptême » et « Je veux devenir disciple de Jésus ». Nous voyons comment ces jeunes ont conscience du lien étroit entre la confirmation et le baptême. La dernière lettre cite directement Jésus comme étant ce lien. Jésus est souvent nommé comme élément important de leur motivation à la confirmation.

Ces jeunes ont raison de me parler de leur baptême et de Jésus avec la confirmation. Le baptême est la porte d’entrée vers tous les sacrements. Nous pouvons dire que nous retrouvons, dans le baptême, notre carte d’identité pour toute notre vie chrétienne.

Je vous propose une image pour raconter le baptême. Cette image, je l’ai prise dans les écrits de sainte Catherine de Sienne. Dieu, le Père, veut établir un lien entre la vie de Dieu et la vie terrestre. Il a choisi de lancer un pont vers nous. Un pont, c’est une structure de bois ou de métal pour nous permettre de franchir un ravin ou un cours d’eau. Le pont que Dieu, le Père, nous envoie, n’est pas fait de bois ou d’acier. C’est une personne: Jésus. Il est le pont qui relie la vie de Dieu et la vie terrestre. Jésus permet à Dieu de venir vers nous et nous donne la possibilité d’aller vers Dieu. Jésus est le pont qui fait le lien entre la personne de Dieu et la personne que je suis. En théologie, nous avons nommé cela « Jésus est médiateur entre Dieu et les hommes. »

Nous entendons une objection sur le baptême : « Dieu est Père de toute l’humanité et notre Père, alors pourquoi faire baptiser ? Cela ne change rien. » Cette affirmation est porteuse d’une ambiguïté et d’une confusion. Il devient essentiel de faire des distinctions pour comprendre la vérité de l’Évangile dans un monde qui ne cesse de faire appel à des demi-vérités pour s’excuser. Derrière cette affirmation, je fais remarquer deux choses. La première est la mentalité suivante : le don de Dieu est acquis en chaque personne indépendamment de ce qu’elle fait. Cette mentalité ne fait pas la distinction entre le monde créé de l’univers, de l’humanité et le monde incréé de Dieu. La deuxième est le mot père qui est appliqué à différentes situations : nous parlons de père biologique, père adoptif, père spirituel, père fondateur ou père de l’Église. Face à nous, Dieu est père avec des dons différents.

Dieu crée le monde et l’humanité en lui donnant une existence propre selon ses conditions naturelles, ce qui veut dire selon sa manière particulière d’exister. « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre ». ( Gn 1, 1) C’est ce que nous appelons l’existence naturelle de l’univers et de l’humanité. C’est une existence autonome et séparée du monde incréé de Dieu. Quand je regarde Dieu dans sa capacité de créer, je le nomme créateur. Actuellement, plusieurs utilisent le mot père au lieu de créateur parce que Dieu donne naissance à une humanité et un monde différents de lui-même. À partir de cette manière de parler, nous pouvons dire que Dieu est Père d’un premier niveau d’existence naturel créé.

Dieu a choisi de nous communiquer et de nous faire participer à sa vie incréée. Il veut faire alliance avec nous pour nous faire entrer dans sa famille divine: Père, Fils et Esprit Saint. Dans les lettres de jeunes qui se préparent à la confirmation, je retrouve cette attente : « Je veux faire partie de la famille de Dieu ». L’existence humaine créée que je reçois de Dieu me fait participer à son existence. Ce don de l’existence ne me fait pas participer à la relation familiale de la vie divine de Dieu. Jésus nous l’affirme : « En vérité, en vérité, je te le dis, nul, s’il ne renaît de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu ». ( Jn 3, 5) J’ai besoin d’un nouveau don de Dieu, d’une nouvelle intervention de sa part. Le baptême est une nouvelle naissance dans l’eau et l’Esprit. C’est une alliance que je fais avec Jésus pour qu’il m’introduise dans la famille divine de Dieu. Cette nouvelle naissance est un don de Dieu. Il doit se communiquer et se donner dans notre vie pour rendre possible cette nouvelle naissance. J’ai besoin du don de Dieu et de son activité à chaque instant de mon expérience chrétienne pour développer ma vie nouvelle en Lui. Dieu est aussi le Père de cette seconde naissance.

La confirmation

La confirmation avec le don de l’Esprit Saint vient rejoindre cet agir de Dieu. Dans la famille de Dieu, l’Esprit Saint est le lien d’Amour entre Dieu, le Père, et le Fils, Jésus. Dans notre vie, l’Esprit Saint est toujours ce lien avec Dieu et entre nous. Sa présence est indispensable pour être des chrétiens, Jésus avait averti ses apôtres : « Il leur commanda de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre la promesse du Père ( l’Esprit Saint ). » ( Ac 1, 2) Les futurs confirmés expriment une espérance et restent ouverts à l’action de Dieu: « J’ai hâte de recevoir le Saint-Esprit », « Je veux recevoir les sept dons de l’Esprit Saint pour être aidé dans ma vie chrétienne », « Je veux être confirmé dans l’Amour de Dieu ». Pour parler de la confirmation, je prends une image que je tire de Saint Irénée de Lyon : une main. L’Esprit Saint est comme la main de Dieu qui intervient dans notre monde et dans notre vie pour nous aider à vivre à la manière de Jésus et à aimer comme Lui. L’Esprit Saint fait le lien entre moi et la vie de Jésus : son pardon, son amour, son partage, son don, sa mort et sa résurrection. L’Esprit Saint me partage ces capacités de Jésus et les fait agir en moi.

Nous parlons des sept dons de l’Esprit Saint. Pour donner une comparaison, je prends les sept jours de la semaine. Lorsque les sept jours sont passés, la semaine est complète. La semaine est toute là. Avec Dieu, c’est la même chose. Lorsque Dieu a communiqué les sept dons de l’Esprit Saint, c’est tout Dieu qui s’est communiqué. Dieu ne se donne pas par morceaux ou en partie; il se donne au complet. C’est ce qui fait que nous disons que l’initiation chrétienne est complétée avec la communication des sept dons de l’Esprit Saint parce que Dieu nous a tout donné ce qu’il avait à nous donner.

L’Eucharistie

Dieu n’a pas qu’une main. Jésus est la deuxième main de Dieu qui est à l’œuvre dans notre vie. « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. » ( Jn 6, 54) Par la présence eucharistique, Jésus reste présent avec nous et continue de nous partager sa vie nouvelle de ressuscité. À la consécration, ce sont les paroles du don de sa vie que Jésus nous dit : «Ceci est mon corps… ceci est la coupe de mon sang.» Scott Hahn est un calviniste qui se questionnait sur la réalité de la messe catholique, il a assisté un jour à une messe incognito. En entendant ces paroles de la consécration, il a senti une prière monter de son cœur : « Mon Seigneur et mon Dieu, c’est réellement toi. »

Saint Jean nous présente le lavement des pieds comme don eucharistique de Jésus à ses apôtres. Le geste de Jésus qui lave les pieds de ses apôtres est ce geste qu’il fait devant chacun et chacune de nous. Jésus donne le service comme l’attitude normale du disciple. Jésus nous dit : Si vous vous rendez service les uns aux autres, même si c’est une tâche qui semble de peu d’importance, ou que vous vous occupez d’une personne malade alitée, vous n’êtes pas dans un travail d’esclavage. Vous êtes en train d’agir en véritable disciple. Vous agissez dans le respect et la charité de la volonté de Dieu. Jésus nous interpelle pour faire ceci en mémoire de Lui. Il a raison parce que le témoignage rend crédible la foi.

L’Esprit Saint joue un rôle essentiel dans notre relation avec Jésus Eucharistie : c’est l’Esprit Saint qui nous conduit à Jésus et nous permet de reconnaître sa présence réelle dans l’Eucharistie ; c’est lui aussi qui nous conduit vers les autres et nous permet de reconnaître Jésus dans les autres. En Corinthiens, saint Paul nous dit : « Nul ne peut dire : Jésus est Seigneur, sans l’action de l’Esprit Saint. » (1 Cor 12, 3) « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits, qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Mt 25, 40)

L’initiative de Dieu et son action sont continuelles dans ma vie chrétienne parce que c’est Lui qui forme mon identité chrétienne et la fait grandir.

+ Jean-Pierre Blais
Évêque du diocèse de Baie-Comeau




Dieu tient parole: confiance !

Pour le carême 2010, notre appui repose sur la confiance en Dieu dont les promesses de sa parole continuent d’être au rendez-vous. « Dieu tient parole » est le fil conducteur qui nous guide depuis le début de l’année liturgique C.

« Dieu tient parole » parce qu’il a déjà réalisé sa promesse de salut en nous donnant son Fils, le Christ Jésus et l’a ressuscité pour le garder à sa droite. Ceci nous donne la possibilité de porter deux regards sur Jésus. Nous pouvons le regarder dans sa vie terrestre et ainsi nous le voyons derrière nous au niveau de l’histoire qui nous apporte son témoignage. Nous pouvons le regarder devant nous, ressuscité et avec Dieu, le Père, au-delà de notre histoire dans ce que Dieu nous réserve pour notre avenir après la mort.

Dans la foi, nous pouvons donc en même temps marcher avec Jésus dans notre vie terrestre puisqu’il a partagé cette manière de vivre et le regarder avec Dieu dans sa gloire où il nous attend. Nous avons là la particularité du carême qui nous propose de lier notre marche terrestre au Christ Jésus et à différents autres témoins de notre foi qui ont avancé vers Dieu, le Père où le Christ Jésus nous attend. Le Christ Jésus nous accompagne avec l’Esprit Saint dans notre histoire aujourd’hui.

Le mot carême veut dire quarante. Ce sont les quarante jours qui nous conduiront à la fête de Pâques, jour de la résurrection de Jésus. C’est le jour de la certitude de notre foi. Comme je l’ai rappelé, ce carême nous le vivons en lien avec des témoins qui ont emprunté ce chemin bien avant nous.

Le peuple hébreu a été quarante ans au désert du Sinaï en marche vers la terre promise. Moïse a été quarante jours sur le mont Horeb en attente des dix paroles d’Alliance que nous appelons les dix commandements de Dieu. Le prophète Élie a marché quarante jours et quarante nuits pour rejoindre Dieu sur le mont Horeb. Jésus, lui-même, a été quarante jours au désert où il a été tenté, nous disent les évangélistes. Tous ces témoins ont été tentés tout comme Jésus et tout comme nous le sommes.

Qu’est-ce que la tentation ? Le dictionnaire nous dit : « Ce qui porte à enfreindre une loi religieuse. Ce qui incite à une action en éveillant le désir ». Prenons comme exemple une mère qui donne dix dollars à son garçon pour aller chercher du lait et du pain. Il part pour l’épicerie. Sur sa route, il croise une chocolaterie. Le chocolat lui paraît délicieux et bon à goûter. La salive lui monte à la bouche. Il est tenté de prendre son argent pour acheter le chocolat au lieu de le garder pour le lait et le pain. S’il achète le chocolat, il succombe à la tentation. Il détourne ainsi l’utilisation de l’argent pour satisfaire son désir personnel de chocolat en laissant tomber le besoin de la famille en lait et en pain.

Dans la tentation, il y a toujours ce désir de me détourner de ce qui m’est demandé pour choisir une action qui semble m’apporter une plus grande satisfaction personnelle. C’est exactement ce qui se passe dans notre foi lorsque nous choisissons de vivre pour Dieu. Sur la route de notre vie, nous sommes tentés de choisir quelque chose qui semble nous apporter une plus grande satisfaction personnelle que de choisir d’obéir à Dieu. La période du carême vient mettre en lumière cette particularité qui marque notre marche vers Dieu.

Jésus a été confronté à la tentation. Les évangélistes mettent en évidence que Jésus, dès le début de son ministère, a rencontré sur son chemin l’adversaire de Dieu. Cet adversaire a essayé de le convaincre que la vie apporte plus de satisfaction en exploitant tous les plaisirs dans le monde, même en dehors de nos limites naturelles, que d’obéir à Dieu.

L’évangéliste Luc nous dit : « Après son baptême, Jésus, rempli de l’Esprit Saint […] fut mis à l’épreuve par le démon. » (Lc 4, 1) Jésus est rempli de Dieu parce qu’il est le Fils unique de Dieu, le Père. Il reste dans la fidélité à Dieu et Dieu tient parole à le traiter comme son Fils. Le démon le tente sur la satisfaction qu’il y a à vivre à la manière de Dieu. Le démon lui laisse voir d’autres choix qui lui amèneraient des satisfactions plus intéressantes dans le monde. Jésus est soumis aux mêmes tentations que le peuple hébreu au désert et nous verrons plus loin que nous sommes aussi soumis à ces tentations. Le récit évoque trois tentations. Premièrement, Jésus a faim. Le peuple a eu faim au désert et il s’est révolté contre Dieu parce qu’il voulait revenir en Égypte où il a toujours eu à manger. Le démon tente Jésus sur le comment il pourrait répondre à cette faim : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. » (Lc 4, 3) Jésus est invité à utiliser ses pouvoirs pour satisfaire ses besoins matériels personnels comme si Dieu ne prenait pas soin de nourrir ses enfants.

Jésus regarde sa faim avec sa foi en Dieu qui tient parole : « Il est écrit : Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre. » (Lc 4, 4) Dans son livre « Comprendre la Parole », André Beauchamp attire notre attention sur cette tentation constante dans la vie publique de Jésus. Jésus multiplie les pains et guérit les malades pour aider le peuple et ce dernier se satisfait du bien-être que Jésus lui apporte. Le peuple est en train de réduire le projet de Jésus à une action de bienfaisance (p. 115). Jésus a dû apprendre à se méfier de cette tendance.

La deuxième tentation de Jésus est celle de dominer le monde. Le peuple hébreu a toujours cherché cette domination sur le monde. Jésus voit et connaît la réalité des royaumes de la terre. Le démon prétend avoir le pouvoir sur les royaumes et lui offre ce pouvoir : « Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. » (Lc 4, 7) Jésus sait qu’il n’est pas le propriétaire de la création. Tout cela appartient à Dieu, son Père seul: « Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et c’est lui seul que tu adoreras. » (Lc 4, 8) Jésus a toujours renoncé à la tentation du pouvoir en n’acceptant pas d’être roi ou d’engager un combat politique. Il a choisi les pauvres et la croix au lieu du pouvoir.

La troisième tentation est celle de tenter Dieu pour agir comme une force magique. Le démon tente Jésus sur l’acceptation de la loi naturelle de son corps : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; […] des anges te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » (Lc 4, 9-11) Au crucifiement, ce fut la même attaque en l’invitant à descendre de la croix et que Dieu le sauve. Jésus reste appuyer sur la fidélité à la Parole : « Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » (Lc 4, 12) Jésus ne veut pas abuser de la fidélité de Dieu en ne respectant pas la capacité de son corps matériel.

Les 40 jours du carême sont faits pour nous aider à découvrir comment les tentations du Christ sont aussi les nôtres. Avec notre baptême, nous avons choisi de nous engager dans la vie nouvelle du Christ selon sa vie de ressuscité. Le récit des tentations nous fait toucher du doigt que choisir de vivre en ressuscité, c’est souvent choisir de renoncer à des manières de vivre. La société nous propose beaucoup de consommation pour avoir une plus grande satisfaction personnelle. La consommation nous entraîne dans la solitude, la fermeture sur nous-mêmes et nous coupe des autres. Elle fait naître souvent la tristesse. La vie de ressuscité invite à être en lien avec soi-même, les autres et Dieu, ce qui ouvre notre vie à la joie du partage.

Où est-ce que je mets ma confiance ? Est-ce que je recherche ma sécurité dans l’accumulation des biens matériels : auto, maison et argent ? Ou est-ce que je vais du côté de la vie nouvelle du Christ en recherchant le respect de l’autre et le fait de vivre un meilleur partage dans un soutien mutuel?

Est-ce que je mets ma confiance dans un meilleur contrôle de la vie de l’autre pour assurer ma sécurité ou bien vais-je miser sur l’établissement d’une meilleure justice entre nous ?

Devant ma maladie et ma souffrance, il y a l’assistance médicale, les médicaments et les soins de santé, est-ce que j’accepte leurs limites? Est-ce que j’accepte que Dieu m’ouvre sur une autre vie au-delà de la souffrance et de la mort ?

La vie nous place toujours devant des choix où nous sommes tentés de ne pas faire confiance aux capacités que Dieu nous a données. La tentation sera toujours de nous détourner de nous-mêmes pour aller du côté de la consommation, de la magie et de l’illusion. Notre carême nous invite à améliorer notre relation avec le Christ Jésus pour nous tourner vers Dieu qui tient parole et à lui faire confiance.

+ Jean-Pierre Blais
Évêque de Baie-Comeau







 

 

 

 

 


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